Le mot « fée » contient trop de choses. C'est un terme minuscule qui essaie de tenir des siècles de folklore européen, des dizaines de créatures différentes avec leur propre caractère, leurs propres manies et leurs propres raisons d'apparaître ou de disparaître de ta vie. C'est comme mettre « chien » sur un lévrier, un chihuahua et un loup en s'attendant à ce qu'ils agissent pareil. Pas du tout. Deux mordent.
Le folklore celtique, écossais, irlandais, gallois et germanique a construit pendant des millénaires une taxonomie non écrite des fées. Personne l'a publiée avec un index alphabétique. Elle vivait dans la tradition orale, dans les noms que les grand-mères apprenaient aux enfants pour savoir quels types de fées saluer avec respect et lesquels éviter sans les provoquer.
Aujourd'hui, on vous présente cette taxonomie. Parce que connaître les types de fées, c'est pas juste de l'érudition folklorique : c'est comprendre que la nature a toujours eu plus de nuances que « bonne » et « mauvaise ».
La Cour Seelie (les fées qui préfèrent l'été)
Le terme vient du gaélique écossais seelie, qui signifie quelque chose de proche de « béni » ou « fortuné ». Les fées de la Cour Seelie, c'est ce que le folklore celtique associait à l'été, à la lumière et à une disposition favorable envers les humains. Attention : favorable, ça veut pas dire inoffensif.
Les fées Seelie pouvaient aider à retrouver un chemin perdu, apporter une bonne récolte ou protéger les animaux. Mais si tu les insultais, si tu entrais sur leur territoire sans le bon protocole, ou si tu leur tapais tout simplement sur les nerfs ce jour-là, elles changeaient d'humeur avec la même facilité que la météo dans les landes écossaises. Et la météo dans les landes écossaises, ça change beaucoup.
Leur nature, c'est celle du printemps : généreuse, lumineuse, capricieuse. Elles te doivent rien. Si tu décides de les fréquenter, tu le fais selon leurs règles.
La Cour Unseelie (celles qui font durer l'hiver)
La Cour Unseelie, c'est l'inverse. « Unseelie » veut dire « non béni », et la tradition orale écossaise les décrivait comme dangereuses par nature, sans provocation préalable nécessaire. Ce sont les fées de l'hiver, de l'obscurité, des nuits les plus longues et les plus froides de l'année.
L'élément le plus inquiétant de la Cour Unseelie, c'est le Sluagh : les âmes des morts sans repos qui volent en masse dans les ciels d'hiver. Pas vraiment des compagnons de promenade. D'autres créatures Unseelie incluent les Redcaps, qui habitent des tours en ruine et maintiennent leur bonnet rouge par un moyen qu'il vaut mieux ne pas chercher à comprendre. L'idée de fées « un peu méchantes » est moderne et rassurante. Le folklore original était bien moins romantique sur le sujet.
Ce qui unit les deux Cours, c'est qu'aucune répond à la morale humaine. Les fées Seelie peuvent être généreuses ou cruelles selon leur propre critère. Les Unseelie peuvent te faire du mal sans que tu aies rien fait de travers. Ce sont des forces d'une autre nature, qui fonctionnent selon une autre logique.
Bonnes fées ou mauvaises fées (la mauvaise question)
Pendant des siècles, le folklore divisait pas les fées en « bonnes » et « mauvaises ». Il les divisait en favorables et dangereuses. Et ça, même si ça paraît pareil, c'est pas du tout la même chose.
Une créature peut être à la fois dangereuse et généreuse. Elle peut protéger ton foyer avec férocité et s'énerver si tu déplaces ses affaires. Elle peut te guider dans la forêt et te laisser dans le brouillard si elle s'ennuie. La nature n'a pas d'intention morale : elle a des cycles, des humeurs, des territoires.
Le folklore le plus ancien traitait les fées comme une partie de cette nature : ni des anges, ni des démons, mais quelque chose de plus inconfortable et de plus honnête. Des êtres avec leurs propres règles dans un monde qui existait avant les humains et existera bien après.
La version « bonne fée avec baguette et robe rose » est, en gros, une décision éditoriale des deux cents dernières années. Le vrai folklore, c'est beaucoup plus compliqué, et beaucoup plus intéressant. Pour voir d'où vient la distinction culturelle entre fées et sorcières, on a l'article qu'il te faut.
Quelle est la différence entre la Cour Seelie et la Cour Unseelie ?
La Cour Seelie rassemble les fées « favorables » du folklore écossais, liées à l'été et à la lumière : elles peuvent être capricieuses ou même dangereuses si on les offense, mais en général elles sont bienveillantes envers les humains qui les respectent. La Cour Unseelie est son opposé hivernal : toujours dangereuse, peu importe l'attitude de l'humain qui croise son chemin. Diviser le monde féerique en ces deux Cours, c'était la façon du folklore celtique d'expliquer que la nature a un visage généreux et un visage brutal, et que les deux méritent le même respect.
En version Magikitos : la Cour Seelie, c'est le soleil d'août à la plage, chaud et beau et tout à fait capable de te brûler. La Cour Unseelie, c'est la tempête de décembre qui demande pas si t'es prête.
Fées de l'eau (celles qui ont choisi les rivières et la mer)
Le monde des fées aquatiques européennes est immense, et il coexiste avec celui des fées des airs et des fées domestiques. Les ondines sont des fées d'eau douce d'origine germanique : belles, chanteuses, capables d'ensorceler quiconque passe trop de temps près de la rivière. Les selkies du folklore écossais et irlandais sont des phoques qui peuvent enlever leur peau et prendre forme humaine. Leurs histoires sont pleines de captivité et de nostalgie, de mers trop froides et de côtes qui refusent de lâcher.
Les nixies nordiques sont des fées aquatiques plus ambiguës : gardiennes de rivière ou seigneurs capricieux de l'eau selon les jours. Ce que toutes les fées de l'eau partagent, c'est la nature même de l'élément qui les définit : changeantes, profondes, capables de te noyer ou de t'emmener dans des territoires que tu connaissais pas.
Fées domestiques (celles qui ont choisi de rester)
Et là, on arrive à nos préférées : les fées qui ont décidé de rester.
Pendant que les Cours Seelie et Unseelie habitaient les landes et les rivières, il y avait un type de fée qui choisissait les foyers. Les Brownies écossais, les Kobolde allemands, les Folletti italiens, les Lutins français. Des créatures qui trouvaient dans la vie domestique humaine quelque chose qui valait la peine de rester : la chaleur de la cheminée, l'odeur du pain frais, l'énergie d'une maison qui tourne bien.
Les fées domestiques sont malicieuses. Elles cachent des trucs, réarrangent les tiroirs, font passer le temps à toute vitesse quand on est bien. Mais elles protègent. Et ça, dans le folklore, c'est énorme : parmi toutes les catégories de fées, les domestiques sont les seules qui ont activement choisi le monde humain. Pour en savoir plus sur leur présence dans toute l'Europe, la vraie histoire des lutins domestiques en Europe et le même être sous vingt noms différents sont des lectures idéales.
On est pas étrangères à cette tradition. Très loin de là.
Combien de types de fées existent dans le folklore européen ?
Le folklore européen recense des centaines de types de fées différents, regroupés selon leur relation à la nature, leur origine culturelle ou leur attitude envers les humains. Les grands groupes sont : fées de la Cour Seelie (estivales, favorables, celtiques), fées de la Cour Unseelie (hivernales, dangereuses, celtiques), fées aquatiques (ondines, selkies, nixies), fées élémentaires (de l'air, la terre, le feu et l'eau) et fées domestiques (Brownies, Kobolde, Folletti, Lutins), qui sont le groupe le plus présent dans la vie quotidienne et le mieux documenté dans la tradition orale de chaque région.
La diversité, c'est tout le propos. Le folklore a pas créé un seul type de fée parce que la nature crée pas un seul exemplaire de quoi que ce soit. Chaque culture a développé les êtres dont elle avait besoin pour nommer ce qu'elle comprenait pas, et le résultat, c'est un atlas de créatures extraordinaires qui mérite qu'on s'y plonge vraiment.
Si la curiosité vous titille sur le chapitre où des humains ont essayé de les photographier, le canular des fées de Cottingley est indispensable. Et pour l'histoire complète des fées dans la culture européenne, fées dans l'histoire vous attend les bras ouverts.