À la gare des nuages, un train en retard suffit pour réveiller l'imprévu.
Une Magikita nommée Voltigiot et son Animagikito Flapote flairent le rêve perdu de Noémie.
Avec une casserole bavarde et un mammouth sur luge, ils transforment le quai en royaume de cerfs-volants.

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L'histoire

« Votre train est encore en retard ! » La voix grésilla dans les haut-parleurs avec l'enthousiasme d'une vieille chaussette mouillée. Sur le quai suspendu de la gare des nuages, personne ne protesta. Les voyageurs avaient déjà l'habitude. Ils regardaient leurs chaussures, leurs valises ou le brouillard qui passait entre les rails flottants.

Sauf Noémie. Noémie regardait le ciel avec une telle envie qu'on aurait dit qu'elle essayait de s'en souvenir. Autrefois, elle construisait des cerfs-volants géants. Puis, un concours raté, quelques moqueries bien placées et beaucoup de silence avaient rangé ses rêves dans une boîte sous son lit. Depuis, elle prenait le train tous les jours sans jamais lever les yeux.

Tout près d'elle, cachée dans une lanterne suspendue au-dessus du quai, une petite silhouette fronça le nez. Elle s'appelait Voltigiot. C'était une Magikita, une fée de Taramundi, vêtue d'un manteau cousu avec des tickets de train périmés et coiffée d'une couronne de ressorts de réveil cassé. Quand les humains perdaient l'envie de rêver, elle le sentait immédiatement. À ses côtés somnolait son Animagikito, une marmotte ailée nommée Flapote.

Au bout du quai se trouvait un vieux wagon abandonné où dormait une collection improbable d'objets oubliés : des parapluies sans manches, des bottes orphelines et surtout… une casserole avec des yeux. Quand Voltigiot entra, la casserole cligna des paupières. « Enfin ! » protesta-t-elle. Le plan pouvait commencer.

Flic, floc, tic, tac. Voltigiot fixa de petits ressorts sous la casserole tandis que Flapote tournoyait autour du wagon en semant des plumes lumineuses. Puis la fée souffla dans l'objet. Pouf ! Les yeux de la casserole s'illuminèrent. Elle bondit hors du wagon et se mit à courir sur le quai en criant : « Attention ! Casserole pressée ! Casserole pressée ! » Même Noémie releva la tête.

La casserole zigzagua entre les bancs et fonça droit vers une immense luge exposée dans le hall, une luge très particulière dont la proue sculptée représentait une tête de mammouth géante. Elle lui donna un grand coup. Les défenses vibrèrent, puis les yeux du mammouth s'ouvrirent. « J'ai dormi combien de siècles ? » demanda-t-il. « Aucune idée ! » répondit la casserole. « Très bien, ça me semble raisonnable. » Et la luge se mit à glisser toute seule.

Elle traversa le quai suspendu en laissant derrière elle une traînée de neige scintillante. Les voyageurs éclatèrent de rire, des enfants coururent derrière, des adultes oublièrent leur téléphone, même les contrôleurs applaudirent. Mais ce n'était pas terminé. Au-dessus de la gare flottait un énorme bois de nuages, profondément désolé. Chaque fois qu'un humain abandonnait un rêve, le bois devenait un peu plus triste.

La luge mammouth grimpa une pente de vapeur. La casserole bondit sur son dos. Flapote prit son élan et traversa le bois en laissant derrière elle une traînée d'étincelles. Partout où elle passait, les nuages se transformaient en cerfs-volants, des centaines, puis des milliers, qui descendirent doucement sur la gare.

L'un d'eux atterrit juste devant Noémie. Elle reconnut aussitôt la forme, le dessin, la queue tressée : c'était exactement le modèle qu'elle fabriquait autrefois. Son cœur bondit. Sans réfléchir, elle attrapa une ficelle, puis une autre, puis encore une. Très vite, elle expliqua aux enfants comment les faire voler, puis aux adultes, puis aux voyageurs. Le quai entier se transforma en atelier improvisé. Les gens riaient, construisaient, essayaient, inventaient.

Et là-haut, le bois de nuages retrouva lentement ses couleurs. Quand le train finit enfin par arriver, personne n'était pressé de monter. Les voyageurs échangeaient des idées, des croquis et des promesses de se revoir. Noémie tenait un immense cerf-volant sous le bras. Elle souriait au ciel. Cette fois, elle n'avait pas oublié.

Depuis la lanterne, Voltigiot observait la scène avec satisfaction. La casserole discutait déjà avec le mammouth. Flapote ronflait en plein vol. Tout était parfaitement normal. La petite fée rajusta sa couronne de ressorts et disparut dans le brouillard argenté. Parce qu'un rêve abandonné ne demande parfois qu'une marmotte volante, une casserole bavarde et un mammouth sur une luge pour retrouver son chemin jusqu'au ciel.

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