Voix de la rue
Ce que ça veut dire
Faire ker, dans la grammaire du Nord, c’est tomber d’un seul coup, perdre l’équilibre ou laisser glisser l’objet de la main, avec ce ton fataliste qui dit déjà tout sur la suite de l’histoire. Tu fais ker dans le couloir verglacé du matin, le pichet de bière fait ker sur la table du bistrot, et le vélo du facteur fait ker contre le poteau de la place du marché. Le verbe accompagne le geste sans dramatiser, parce que dans la culture ch’ti la chute appartient au quotidien et se raconte avec un haussement d’épaules.
Exemples d'usage
"J’ai fait ker ma tartine de confiture, et du mauvais côté évidemment."
"La grand-mère a fait ker dans la cour pavée de la maison de Tourcoing samedi matin sur une plaque de verglas dissimulée sous la mince couche de neige du jeudi, la hanche a tenu bon, le pot de fleurs des géraniums du seuil a éclaté en six morceaux et le voisin du numéro douze est sorti l’aider en pyjama et bottes du tracteur."
"Le seau plein de gaufres faites maison pour la kermesse de l’école primaire de Lille-Lomme a fait ker sur le trottoir devant l’entrée du gymnase municipal, vingt-cinq gaufres répandues sur le bitume mouillé, la prof de CE2 a applaudi par solidarité et la grand-mère a refait la fournée le soir même."
D'où ça vient
Faire ker est une formule du picard, dialecte d’oïl du Nord et du Pas-de-Calais, où le verbe ker dérive directement du verbe caier ou caïr du picard ancien, lui-même du latin populaire cadere, tomber. La forme s’est conservée dans les corons miniers de Roubaix, Lens et Valenciennes pendant tout le vingtième siècle, malgré la francisation administrative imposée par l’école obligatoire de Jules Ferry à la fin du dix-neuvième siècle. La survivance du verbe est emblématique de la résistance linguistique du Nord et a été ravivée par le film Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon en deux mille huit.
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